Une coque de noix livrée a elle-même depuis sa naissance, voguait tant bien que mal quand après avoir essuyé maintes tempêtes elle commença a lâcher la barre, et se mit a surfer sur une mer appelée internet et non moins houleuse
Un jour elle se laissa aller a un jeu qu’elle n’avait jamais pratiqué. Pourquoi ce marin croisa-t-il sa route ce jour là et pourquoi le suivit-elle alors qu’elle éconduisait la terre entière, seul Dieu le sait.
Qu’avait-il de plus que les autres pour qu’elle lui fasse confiance?
Ils programmèrent une échappée dans un endroit qu’elle mourait d’envie de voir de ses propres yeux; le rencontra a Dakar, ne le trouva ni beau ni moche, fut a l’aise de suite a son contact et au regard de ses yeux sans pour autant que son corps réagisse.
Elle commença a avoir envie de lui à la gare routière de Mbour. La saison des pluies touchait à sa fin. Aller a Djiffer était encore toute une épopée, les routes étant plus que mauvaises. Mais il gèra, débrouilla, trancha, et elle se senti bien, sa cuisse collée contre la sienne dans cette camionnette cahotante , serrés comme des sardines, bringuebalés les uns sur les autres au gré des nids de poule et des mares laissées par les dernières averses..
Ces journées furent comme un rêve devenu réalité, son sourire dans les yeux. C’était un homme de la mer, la coque de noix se retrouva en eaux calmes, ce marin ne pouvait que la mener a bon port.
Marin il était, marin il l’a prévint lui reposant le cul sur sa valise devant l’aéroport; aventure, pas d’attache, pas de promesses, Inch Allah.
Malgré cela, de coque de noix elle devint Pénélope, et puis elle le resta. Un jour ils se quittèrent, voguant chacun de son coté. Elle avait du mal à ne pas laisser ses pensées voguer vers lui, essaya de l’oublier. Peut être y serait-elle arrivée si un soir elle n’avait eu l’irrésistible idée de retourner sur ce site là où il l’avait prise dans ses filets. Destin? Comme l’expliquer autrement; elle n’avait pas en tête de l’y croiser ni encore moins de répondre a quelque avance que ce soit.
C’est ainsi qu’il la retrouva et qu’elle en sauta de joie.
Ils se retrouvèrent au Sénégal. Il lui fit voir un port magique, un endroit où elle aurait aimé mettre son bateau en cale sèche, un endroit pour y couler de vieux jours tranquilles sous le regard de ces yeux doux veillant sur elle….
Elle détricota des nuits durant la Pénélope quand elle comprit que son beau matelot en aidait d’autres a voguer, mais ainsi va la vie, il n’était pas sa propriété même si elle se considérait la sienne.
Il devint le phare de sa vie de brouillard et d’errances.
Les années passèrent et Pénélope elle demeura. C’était son marin, son compagnon, celui qui lui faisait battre le cœur et les tempes quand elle entend ait sa voix, celui qu’elle ne pouvait s’empêcher d’attendre.
Il était ambitieux et opiniâtre, elle accepta de rester dans l’ombre pour le soutenir et l’épauler. Elle était fière de lui; il accédait aux postes convoités. Mais plus il devenait ce qu’il avait désiré, moins il avait de temps pour penser à sa Pénélope.
Oh il n’avait jamais rien promis, rien ne pouvait lui être reproché .
Elle lui trouvait mille excuses.
Qu’a cela ne tienne se disait-elle, lorsque je reviendrai et serai là en permanence il aura plus de temps pour s’organiser. La séparation géographique estompée tout serait plus facile…
Alors s’installèrent la douleur et la frustration .
Elle s’était convertie non par amour pour lui mais pour Allah qui l’avait toujours protégée et qu’elle voulait remercier. Journée oh combien importante mais il ne se déplaça pas.
Quand elle lui dit combien elle serait comblée de voir cette relation devenir respectable et voulu parler projets il la remis a sa place sans même se rendre compte qu’en agissant ainsi il la condamnait a l’enfer. Comment elle eu mal quand il se moqua d’elle. Si mal qu’elle dut prendre beaucoup de recul pour le cacher , elle détestait les disputes.
Ainsi passèrent encore les mois.
Le travail acharné ne laissa même plus le temps aux petits bonsoirs , comment tu vas . Les promesses de ces quelques jours de repos bien mérités restèrent des rêves inachevés.
Elle restait seule face a une réponse qui n’arrivait pas. Qui n’arriverait plus.
N’y avait-il aucun temps, aucune place dans la vie de ce marin pour la coque de noix qu’elle était. Est-ce qu’il l’aimait seulement? De cet amour de vieux compagnons de route et de complicité qui paraissait pourtant si flagrant et dont elle rêvait tant. Vrai qu’ils n’avaient même plus l’ombre d’un projet en commun. En avaient-t-ils seulement eu?
Elle se mit a douter, un homme aimant ne comporte pas ainsi commença-t-elle à s’interroger.
Bien que se sentant soudainement inexistante, sale et inutile elle n’en devint pas amère mais se regarda bien en face, les yeux au fond de la réalité et refusa de perdre son temps en questions et mauvaises pensées.
Oh elle ne douta jamais un instant de sa sympathie pour ce qu’elle avait représenté a ses cotés avant qu’il en arrive là où il était; ni de sa sincérité a ne pas se rendre compte de comment elle pouvait ressentir un tel abandon. Jamais elle ne lui fit aucun reproche ni ne lui fera. Mais elle dut se réveiller de ce rêve d’amour devenu si douloureusement éloigné alors qu’il était si près.
Alors elle cessa de souffrir et d’attendre. Son marin pouvait voguer sur ses mers, elle avait été jusqu’au bout de sa mission. Il n’avait plus besoin d’elle, et non plus ne lui apporterait jamais ce dont elle avait toute sa vie rêvé.
Ainsi était son destin, Dieu n’avait pas choisi pour elle ce compagnon. Elle aurait du le comprendre depuis longtemps, jamais il ne lui avait rien promis. Qu’elle s’en prenne à elle-même.
Une fois le coffret aux trésors refermé et la clé jetée à la mer, elle se senti soudainement plus libre, vivante et accepta son destin parce qu’il devait en être ainsi.
Elle n’avait pas été mère, avait connu mille amants, vécu mille aventures, souffert des mots et des maux les plus durs , courant inlassablement vers le partage, la communion, la tendresse.
Était-ce là sa punition pour toujours avoir confondu Angleterre et pommes de terres comme disait si bien son frère et ami.
Qu’il en soit ainsi, la vie était devant, elle allait porter tête haute cette solitude qui l‘attendait, ce corps qui n’existerait désormais plus que pour elle puisque tel semblait être son destin.

Quand elle eut accompli son travail de résilience elle comprit qu’elle était un handicapée de la vie et que si beaucoup d’handicapés avaient cette force en eux qui les poussait de l’avant , elle n’était qu’une foutue conne et n’avait en aucun cas le droit de ne pas savoir voguer seule. Il y avait tant et tant sur terre a qui bonne santé, sourire, toit et nourriture étaient refusés.